Publié le 12 mars 2024

Face au boom de la filière batterie, la clé du succès pour une PME n’est pas de rivaliser avec les multinationales, mais de résoudre intelligemment les problèmes de croissance qu’elles créent.

  • Les défis comme la pénurie de logements ou la guerre des talents ne sont pas des menaces, mais des marchés à saisir pour les entrepreneurs locaux agiles.
  • La véritable valeur ajoutée réside dans les services écosystémiques : construction rapide, solutions de rétention créatives et investissements stratégiques en périphérie.

Recommandation : Adoptez une posture de partenaire indispensable de l’écosystème local plutôt que de simple sous-traitant en compétition directe.

L’annonce de la filière batterie à Bécancour ressemble à une vague immense qui s’approche du rivage économique du Centre-du-Québec. Pour un dirigeant de PME, la première réaction oscille entre l’excitation et l’appréhension. D’un côté, une manne de contrats et de croissance sans précédent. De l’autre, la peur de se faire submerger par des géants internationaux aux poches profondes, capables d’aspirer les meilleurs talents et de faire flamber les coûts.

L’approche conventionnelle serait de se demander : « Comment puis-je vendre mes services à ces nouvelles usines ? ». C’est une question légitime, mais qui mène souvent à une compétition féroce sur les prix, où la PME locale est rarement gagnante. On se concentre sur la chasse aux méga-contrats, en oubliant que la croissance explosive des multinationales crée une myriade de problèmes collatéraux qu’elles sont mal équipées pour résoudre elles-mêmes.

Et si la véritable opportunité n’était pas là ? Si, au lieu de tenter de vendre des pelles aux chercheurs d’or, la stratégie la plus rentable était de leur vendre des logements, de la nourriture, des services de proximité et des solutions aux maux de tête logistiques ? Cet article propose un changement de paradigme. Nous n’allons pas vous expliquer comment rivaliser frontalement, mais comment vous positionner en tant que solutionniste indispensable aux problèmes générés par ce boom. Nous explorerons comment transformer chaque « défi » – la crise du logement, la pénurie de main-d’œuvre, la pression sur les infrastructures – en un créneau d’affaires profitable pour votre entreprise.

Ce guide vous fournira des stratégies concrètes et spécifiques au contexte québécois pour naviguer cette transformation économique. Nous verrons comment, grâce à votre agilité et votre connaissance du terrain, vous pouvez non seulement survivre, mais prospérer en devenant un pilier de ce nouvel écosystème économique.

Pourquoi vos employés ne trouvent plus de logement et comment investir dans l’immobilier locatif ?

Le premier symptôme visible d’un boom économique majeur est la pression immobilière. Pour les PME de Bécancour et des environs, cela se traduit par une difficulté croissante à attirer et retenir des talents, car ces derniers ne trouvent tout simplement pas où se loger à un prix raisonnable. Ce qui semble être un frein majeur à votre croissance est en réalité l’une des opportunités d’affaires les plus directes générées par la filière batterie. Le problème du logement n’est pas qu’un casse-tête RH, c’est un marché naissant.

La spéculation a déjà commencé, et les chiffres le confirment. Le rôle d’évaluation de la Ville de Bécancour a montré une hausse de 74% de la valeur des propriétés résidentielles en seulement trois ans. Cette tendance n’est pas près de s’arrêter. Pour un entrepreneur local, cela ouvre deux voies stratégiques : la construction neuve et l’acquisition de parcs locatifs existants. Posséder les logements pour vos futurs employés devient un avantage concurrentiel majeur, vous permettant d’offrir une solution clé en main que vos compétiteurs n’ont pas.

Plutôt que de subir la hausse des prix, vous pouvez en devenir un acteur. L’investissement dans des immeubles multilogements, même de petite taille, ou le développement de projets de mini-maisons peuvent non seulement générer un rendement financier substantiel, mais aussi garantir la stabilité de votre main-d’œuvre. C’est un investissement à double impact : il sécurise vos opérations tout en capitalisant directement sur la croissance démographique à venir. Le moment est donc idéal pour consulter des experts en financement immobilier et monter des projets qui répondent à ce besoin criant. La question n’est plus « est-ce un bon moment pour investir ? », mais « comment structurer mon projet d’investissement pour maximiser les retombées pour mon entreprise ? ».

Comment se qualifier pour vendre vos services aux multinationales qui s’installent chez vous ?

Tenter de devenir un fournisseur direct de géants comme GM ou Ford peut sembler aussi intimidant que de gravir l’Everest sans oxygène. Les exigences en matière de certification, de volume et de conformité sont souvent hors de portée pour une PME. L’approche contre-intuitive, mais bien plus efficace, est de changer de cible. Au lieu de viser le sommet de la pyramide, concentrez-vous sur sa base et ses étages intermédiaires : les grands entrepreneurs généraux et les consortiums de PME.

Réunion de dirigeants de PME autour d'une table avec documents de certification

Des entreprises québécoises comme Pomerleau ou EBC ont déjà décroché les mandats de construction des usines. Ce sont eux, vos véritables clients potentiels. Ils ont besoin de sous-traitants locaux fiables, qui connaissent le terrain et qui peuvent fournir des services spécialisés (électricité, plomberie, ventilation, sécurité, etc.). Se positionner comme le meilleur partenaire local pour ces grands donneurs d’ordres est une stratégie gagnante. Parallèlement, la formation de consortiums avec d’autres PME aux services complémentaires vous permet de répondre à des appels d’offres plus importants, en mutualisant vos forces et vos certifications.

Obtenir des certifications comme ISO 9001 (qualité) et ISO 14001 (environnement) n’est plus une option, mais une nécessité. Heureusement, des programmes gouvernementaux existent pour alléger le fardeau financier. Il est possible d’obtenir jusqu’à 80% de subvention sur les coûts d’implantation de ces normes en combinant les aides provinciales et fédérales. C’est un investissement dans votre crédibilité qui ouvre les portes des plus grands chantiers.

Plan d’action : devenir un fournisseur qualifié de la filière batterie

  1. S’inscrire : Listez votre entreprise dans le répertoire de fournisseurs de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour (SPIPB) et d’Investissement Québec pour être visible.
  2. Former un consortium : Identifiez 2-3 PME locales non-concurrentes mais complémentaires pour créer une offre de services intégrée et répondre à des mandats plus larges.
  3. Obtenir les certifications : Lancez les démarches pour les normes ISO 9001 et ISO 14001 en profitant des programmes de subvention pour réduire les coûts.
  4. Cibler les intermédiaires : Concentrez vos efforts de démarchage sur les entrepreneurs généraux (Pomerleau, EBC) déjà mandatés, plutôt que sur les multinationales elles-mêmes.
  5. Se positionner en expert local : Mettez en avant votre connaissance unique de la région, votre réactivité et votre flexibilité comme des avantages compétitifs que les fournisseurs nationaux n’ont pas.

Pénurie locale : comment garder votre staff quand l’usine voisine offre 10 $ de plus l’heure ?

La guerre des talents est inévitable. Une multinationale peut se permettre d’offrir des salaires horaires qui semblent hors de portée pour une PME. Tenter de s’aligner sur cette surenchère est une bataille perdue d’avance qui ne fera qu’éroder vos marges. La solution n’est pas dans le portefeuille, mais dans la proposition de valeur globale que vous offrez à vos employés. Votre agilité de PME est votre meilleur atout.

Comme le souligne l’économiste Frédéric Laurin de l’UQTR, pour survivre et même prospérer, les PME doivent miser sur l’entrepreneuriat et le développement de leur culture interne plutôt que de simplement réagir aux salaires. Concrètement, cela signifie jouer sur des tableaux où les géants sont structurellement moins flexibles. Pouvez-vous offrir la semaine de 4 jours ? Des horaires réellement flexibles pour concilier travail et famille ? Un intéressement aux résultats du projet ? Un impact direct et visible sur la communauté locale ? Ce sont ces avantages qui créent la loyauté et que l’argent seul ne peut acheter.

L’idée est de créer un environnement de travail où l’employé se sent un acteur clé et non un simple numéro de matricule. La participation directe aux décisions, la possibilité d’une progression rapide et le sentiment de contribuer concrètement au développement de sa propre région sont des arguments puissants. Il ne faut pas sous-estimer le désir des travailleurs, même très bien payés, d’avoir un travail qui a du sens et un équilibre de vie sain.

Ce tableau résume les avantages compétitifs sur lesquels une PME peut capitaliser pour attirer et retenir les talents face à la concurrence des grands groupes.

Avantages compétitifs PME vs Multinationales pour l’attraction de talents
Critères PME locales Multinationales
Salaire horaire 25-35$/h 35-45$/h
Flexibilité horaire Très élevée Limitée
Participation aux décisions Directe Très faible
Semaine de 4 jours Possible Rare
Impact communautaire Direct et visible Indirect
Progression rapide Très probable Structurée/lente

Le piège d’acheter un terrain commercial sans vérifier si la ville va changer le zonage

Dans un contexte de développement accéléré, l’achat d’un terrain commercial peut sembler être un investissement infaillible. Cependant, c’est aussi un terrain miné où les règles peuvent changer rapidement. Une municipalité, sous la pression de développer des logements ou des infrastructures, peut décider de rezoner un secteur, transformant votre futur terrain industriel en zone résidentielle ou en espace vert. Le piège est de penser que le zonage actuel est gravé dans le marbre.

La parade à ce risque est de transformer la réglementation d’urbanisme en un outil de veille stratégique. Avant même de regarder les annonces immobilières, votre premier réflexe doit être de consulter le schéma d’aménagement de la MRC (Bécancour ou Nicolet-Yamaska) et les procès-verbaux des derniers conseils municipaux. Ces documents publics sont une mine d’or : ils révèlent les intentions à long terme de la municipalité, les zones destinées à l’expansion industrielle et les projets d’infrastructures à venir.

Un excellent exemple est le développement du parc PME Jean-Demers. Le projet a été planifié en synergie avec la ville pour garantir une visibilité optimale grâce à sa proximité avec l’autoroute 30, comme mentionné dans les annonces gouvernementales. Cet alignement entre le promoteur et la vision municipale est la clé du succès. Avant tout achat, il est donc impératif d’obtenir une confirmation écrite du service d’urbanisme et, idéalement, d’insérer une clause conditionnelle au maintien du zonage dans votre promesse d’achat. Cette diligence raisonnable vous protège non seulement d’une mauvaise surprise, mais vous permet aussi d’identifier les terrains qui prendront le plus de valeur, car ils sont au cœur de la stratégie de développement de la ville.

Quand miser sur une ville secondaire avant que l’annonce officielle du gouvernement ne fasse exploser les prix ?

Le centre de l’épicentre, Bécancour, est déjà sous les feux des projecteurs, et les prix s’envolent. Pour l’investisseur avisé, la véritable partie d’échecs se joue sur les cases adjacentes. L’effet de la filière batterie ne sera pas confiné aux limites de la ville ; il va irradier en cercles concentriques, touchant des municipalités comme Nicolet, Princeville, Daveluyville, et même Trois-Rivières. Le concept clé est celui de l’investissement en « cercles concentriques » : miser sur les zones périphériques qui bénéficieront inévitablement du débordement.

Vue aérienne montrant les cercles d'expansion économique autour de Bécancour

Les 10 000 travailleurs attendus ne pourront pas tous vivre et consommer à Bécancour. Ils chercheront des logements, des services de garde, des commerces et des loisirs dans les villes voisines. C’est là que se trouvent les opportunités d’investissement à fort potentiel de croissance, avant que la vague spéculative ne les atteigne de plein fouet. Les données immobilières montrent déjà une augmentation de 27% en une seule année sur certains secteurs, signe que le mouvement est déjà enclenché.

La mairesse de Bécancour, Lucie Allard, parlait déjà d’un « heureux problème de croissance » avec un incubateur municipal complet et des terrains de PME qui s’envolent. Cette pression crée un effet de report naturel. Pour une PME, acquérir un terrain ou un bâtiment commercial dans une ville secondaire stratégiquement située peut représenter un coût d’entrée bien plus faible pour un potentiel de valorisation immense à moyen terme. Il s’agit d’anticiper les flux de population et de services, et de se positionner là où la demande va inévitablement se déplacer.

Pourquoi la pénurie de logements propulse le secteur de la construction modulaire en région ?

Le boom de Bécancour crée une équation complexe : un besoin urgent de logements face à une pénurie de main-d’œuvre dans le secteur de la construction traditionnelle. Alors que la population de la ville devrait passer de 14 000 à potentiellement 20 000 habitants, les méthodes de construction conventionnelles peinent déjà à suivre le rythme. Donald Olivier, PDG de la SPIPB, a lui-même reconnu que les projets déjà en cours ont généré des retombées importantes, mettant une pression sans précédent sur le secteur. Attendre des mois, voire des années, pour la livraison de nouveaux logements n’est plus une option viable.

C’est dans cette brèche que la construction modulaire et préfabriquée s’engouffre. Cette approche industrielle offre une réponse directe aux deux problèmes : la vitesse et le manque de main-d’œuvre. En fabriquant les modules de bâtiments en usine, à l’abri des intempéries et dans des conditions de travail contrôlées, on réduit considérablement les délais de livraison sur le chantier. De plus, ce processus est moins dépendant d’une main-d’œuvre qualifiée sur site, un atout majeur dans le contexte actuel.

Pour les entrepreneurs en construction, se spécialiser ou s’associer à des fabricants de modules est une stratégie d’avenir. Cela permet de proposer des solutions de logements (maisons unifamiliales, petits immeubles locatifs) qui peuvent être déployées en une fraction du temps des méthodes traditionnelles. Face à l’urgence, les promoteurs et la municipalité seront de plus en plus ouverts à ces solutions innovantes. Se positionner sur ce créneau, c’est offrir la rapidité et l’efficacité là où le marché en a le plus besoin. C’est l’incarnation même de l’agilité locale face à un problème de croissance massif.

Quand déposer votre demande au programme ESSOR pour subventionner votre diagnostic numérique ?

Face à une croissance explosive, la pire erreur pour une PME est de vouloir tout gérer « à la main ». Les systèmes actuels, qu’il s’agisse de la gestion de projet, de la comptabilité ou des ressources humaines, seront rapidement débordés. La transformation numérique n’est donc pas un luxe, mais une condition de survie et de profitabilité. Cependant, beaucoup d’entrepreneurs hésitent, craignant les coûts et la complexité. C’est ignorer que des leviers financiers puissants existent, à commencer par le programme ESSOR d’Investissement Québec.

Le programme ESSOR est conçu pour appuyer les entreprises dans leurs projets d’investissement, incluant l’automatisation et la numérisation. Il peut être combiné avec d’autres aides, comme le Programme canadien d’adoption du numérique (PCAN), qui offre des subventions pour réaliser un diagnostic et élaborer un plan numérique. Le timing est crucial : la demande de subvention doit être déposée AVANT de vous engager financièrement avec un fournisseur de technologies ou un consultant. L’erreur classique est de signer un contrat, puis de chercher du financement.

Le processus optimal est de commencer par un auto-diagnostic de votre maturité numérique. Quels sont vos goulots d’étranglement actuels ? La gestion des soumissions ? Le suivi des heures sur les chantiers ? La communication avec les équipes ? Une fois ces points faibles identifiés, vous pouvez monter un dossier solide pour le programme ESSOR, en alignant vos besoins avec les priorités d’Investissement Québec, comme l’automatisation et la cybersécurité. Cette démarche structurée transforme une dépense perçue en un investissement stratégique et subventionné, vous préparant à absorber la charge de travail à venir sans sacrifier votre efficacité.

À retenir

  • La stratégie gagnante n’est pas de rivaliser, mais de résoudre les problèmes collatéraux (logement, services) créés par les géants.
  • Misez sur votre agilité locale (flexibilité, culture d’entreprise) comme un avantage compétitif que les multinationales ne peuvent répliquer pour retenir vos talents.
  • Anticiper est plus rentable que réagir : investissez dans les villes secondaires et les technologies avant que la demande n’explose.

Recrutement international : comment faire venir des travailleurs étrangers temporaires sans délai de 12 mois ?

Le chiffre est vertigineux : ce sont près de 10 000 travailleurs qui seront nécessaires pour la filière québécoise de la batterie. La main-d’œuvre locale, même en la mobilisant entièrement, ne suffira pas. Pour les PME, le recrutement international n’est plus une option, mais une composante essentielle de leur stratégie de croissance. Cependant, les délais administratifs, souvent perçus comme un parcours du combattant de 12 à 18 mois, peuvent décourager les plus motivés.

Heureusement, le gouvernement du Québec a pris conscience de l’enjeu stratégique. Des mesures d’accélération ont été mises en place, notamment via le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) avec des volets spécifiques pour les professions en forte demande. Pour la filière batterie, la volonté politique est claire, comme l’a affirmé l’ancien ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon :

On va avoir beaucoup d’étrangers temporaires qui vont venir ici. La valve est ouverte. On peut amener autant de monde qu’on veut pour combler des postes qui ne peuvent pas être comblés ici au Québec.

– Pierre Fitzgibbon, Ancien ministre de l’Économie du Québec

Cette « valve ouverte » se traduit par des processus d’Évaluation de l’Impact sur le Marché du Travail (EIMT) simplifiés et accélérés pour une liste de métiers ciblés. Pour une PME, la clé est de se faire accompagner par des consultants en immigration spécialisés qui connaissent parfaitement ces programmes et peuvent monter un dossier irréprochable. Anticiper ses besoins, identifier les bons profils à l’étranger et lancer les démarches dès maintenant permet de contourner les longs délais et de s’assurer d’avoir les ressources humaines nécessaires au moment où les contrats commenceront à affluer. C’est une démarche proactive qui vous donnera une longueur d’avance cruciale sur vos concurrents.

Pour transformer cette opportunité en réalité, il faut maîtriser les nouvelles règles du jeu. Il est crucial de revoir les mécanismes du recrutement international accéléré.

Pour mettre en pratique ces stratégies et positionner votre PME au cœur du plus grand projet économique de l’histoire récente du Québec, l’étape suivante consiste à réaliser un diagnostic de vos propres forces et à identifier l’opportunité la plus alignée avec votre modèle d’affaires. Commencez par vous inscrire sur les répertoires de fournisseurs pour marquer votre présence et initiez une veille active sur les développements municipaux.

Rédigé par Pierre-Luc Gagnon, Ingénieur industriel et directeur des opérations, expert en optimisation manufacturière et logistique nord-américaine. Spécialiste du Lean Management, de l'industrie 4.0 et de l'exportation vers les USA.