Publié le 12 avril 2024

Pour combler le fossé avec le plancher, la direction doit remplacer la communication descendante par des actes de présence et de résolution de problèmes concrets sur le terrain.

  • La crédibilité ne s’acquiert pas par des mémos, mais par une écoute active lors de rituels comme le « Gemba Walk » quotidien.
  • La transparence financière n’est efficace que si les indicateurs (EBITDA, TRS) sont traduits en impacts tangibles pour les employés.

Recommandation : Descendez sur le terrain non pour inspecter, mais pour comprendre. Votre premier investissement pour regagner la confiance est une paire de chaussures de sécurité et du temps d’écoute.

En tant que directeur de site, vous connaissez ce sentiment. Les indicateurs de performance virent au rouge, un silence pesant règne dans l’atelier et les rapports de superviseurs parlent d’un « climat tendu ». La productivité baisse, l’absentéisme augmente. Vous avez pourtant multiplié les communications, affiché les objectifs stratégiques, organisé des réunions. Rien n’y fait. Le fossé entre vos bureaux et le plancher de l’usine semble se creuser chaque jour davantage.

La réaction instinctive est souvent d’intensifier la communication descendante : plus de mémos, des présentations plus détaillées, des objectifs répétés en boucle. On pense, à tort, que si les équipes comprenaient la stratégie, elles adhéreraient. Mais le problème est rarement un manque d’information. C’est un manque de confiance. Les employés ne croient plus que la direction comprend leur réalité, se soucie de leurs difficultés ou agira concrètement pour les résoudre. Chaque mémo non suivi d’effet devient une preuve supplémentaire de cette déconnexion.

Mais si la véritable clé n’était pas de mieux parler, mais de mieux écouter ? Si, au lieu d’envoyer des messages depuis une tour d’ivoire, vous transformiez le terrain en votre principal bureau ? Cet article propose une approche de médiateur industriel, un plan pragmatique en 90 jours pour remplacer la méfiance par la crédibilité opérationnelle. Il ne s’agit pas de promesses, mais d’actes. Nous verrons comment des rituels comme le « Gemba Walk » deviennent plus puissants que n’importe quel discours, comment traduire l’EBITDA en un langage qui a du sens pour un opérateur, et comment faire de chaque décision, bonne ou mauvaise, une occasion de renforcer le lien de confiance.

Ce guide est structuré pour vous fournir des leviers d’action immédiats. Chaque section aborde une facette du fossé entre la direction et le plancher, en proposant des solutions pragmatiques et éprouvées sur le terrain industriel canadien.

Pourquoi le « Gemba Walk » quotidien est plus efficace que tous les mémos de la direction ?

Un mémo est un monologue. Le Gemba Walk est un dialogue. Voilà la différence fondamentale. Un mémo informe (au mieux) ou ordonne (au pire), mais il ne démontre rien. Il est impersonnel, froid, et renforce la distance entre celui qui écrit et celui qui lit. Sur un plancher d’usine où la méfiance est installée, un mémo est souvent perçu avec cynisme : « Encore des paroles, jamais d’actes. » Le Gemba Walk, cette pratique Lean qui consiste pour le manager à se rendre là où la valeur est créée, est l’antidote parfait à cette culture de la distance.

L’efficacité du Gemba Walk ne réside pas dans l’inspection, mais dans le rituel de la présence physique et de l’écoute active. En arpentant le terrain chaque jour, à la même heure, vous envoyez un message non verbal surpuissant : « Votre travail est assez important pour que j’y consacre mon temps. Vos problèmes sont mes problèmes. » Il ne s’agit pas de venir avec des solutions, mais avec des questions ouvertes : « Qu’est-ce qui t’empêche de bien faire ton travail aujourd’hui ? », « Montre-moi le point le plus frustrant de ce processus. » Cette posture change tout : le manager n’est plus un contrôleur, mais un facilitateur. Il ne cherche pas des coupables, mais des goulots d’étranglement.

Cette approche permet de bâtir une « crédibilité opérationnelle ». En observant les processus en action et en écoutant les opérateurs, vous découvrez des irritants invisibles depuis votre bureau : l’outil mal placé, la consigne ambiguë, la machine qui nécessite un ajustement mineur. Résoudre ces « petits » problèmes rapidement a un impact démesuré sur la confiance. Chaque problème résolu est une preuve tangible que la direction écoute et agit. C’est un dépôt dans la banque de la confiance, là où les mémos ne sont que des promesses en l’air.

Pour bien comprendre l’interaction humaine au cœur de cette démarche, il est utile de visualiser la connexion qui se crée. L’image ci-dessous illustre ce moment où le savoir théorique du manager rencontre l’expertise pratique de l’opérateur.

Gros plan sur les mains d'un manager et d'un opérateur pointant ensemble vers un tableau de bord de production dans une usine canadienne

Comme on le voit, le Gemba Walk n’est pas une simple tournée, c’est un point de contact. C’est l’alignement des perspectives. Les mains qui pointent vers le même objectif symbolisent la reconstruction d’un but commun. Cette pratique régulière transforme la relation hiérarchique en une collaboration axée sur l’amélioration continue, une philosophie que des experts comme Sébastien Coulombe de Synerforce et Francis Rondeau du Groupe Shift s’attachent à démystifier.

Comment expliquer l’EBITDA à un opérateur machine pour qu’il comprenne son impact ?

Le fossé de confiance se nourrit souvent d’un langage différent. La direction parle EBITDA, marge brute et CAPEX, tandis que le plancher parle temps de cycle, rebuts et sécurité. Exiger des efforts au nom d’un indicateur abstrait comme l’EBITDA sans en expliquer l’impact concret est une recette pour le cynisme. D’ailleurs, quand on sait que, selon une enquête, seuls 21% des employés font ‘entièrement confiance’ aux dirigeants de leur entreprise en France, on comprend l’urgence de créer un langage partagé. La transparence n’est pas de montrer les chiffres, mais de les rendre signifiants.

La clé est de traduire le jargon financier en « monnaie d’échange » tangible pour l’employé. L’EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) mesure la rentabilité opérationnelle brute de l’entreprise. En termes simples, c’est l’argent généré par l’activité principale avant les « jeux » comptables et fiscaux. Pour un opérateur, cela doit se traduire par : « C’est l’argent que nous générons tous ensemble et qui nous permet de réinvestir, de verser des primes et d’assurer notre avenir. » L’étape suivante est de lier ses actions quotidiennes à cet indicateur.

Utilisez des analogies concrètes. Une machine qui tombe en panne plus souvent, c’est moins de produits vendus, donc moins d’EBITDA. Moins d’EBITDA, c’est moins de capacité à investir dans une nouvelle machine plus performante ou à financer la prime de fin d’année. Des rebuts excessifs, ce sont des matières premières et du temps de travail payés pour rien, ce qui ronge directement l’EBITDA. En créant ce lien de cause à effet, chaque opérateur comprend que son expertise pour optimiser son poste est un levier direct sur la santé de l’entreprise et, in fine, sur ses propres avantages.

Le tableau suivant offre un exemple de traduction entre les actions du plancher et leur impact financier, en utilisant des équivalences parlantes pour le contexte canadien.

Impact financier des actions quotidiennes sur l’EBITDA
Action de l’opérateur Impact sur l’EBITDA Équivalent concret
Réduction du temps de changement de 10 min +2 500 $/mois 1 mois de cotisation REER pour 5 employés
Diminution des rebuts de 2% +8 000 $/trimestre Formation complète pour 3 opérateurs
Maintenance préventive régulière +15 000 $/an Prime de fin d’année pour l’équipe
Amélioration du TRS de 5% +40 000 $/an Nouvel équipement de sécurité complet

Cette approche factuelle et transparente transforme une conversation potentiellement conflictuelle sur la « performance » en une discussion collaborative sur l’efficacité. L’opérateur n’est plus un simple exécutant, mais un partenaire dans la création de valeur.

Superviseur ou délégué syndical : qui est le meilleur messager pour les mauvaises nouvelles ?

L’annonce d’une mauvaise nouvelle est un moment de vérité pour le « thermomètre de la confiance » d’une usine. Le choix du messager est aussi important que le message lui-même. Envoyer la mauvaise personne peut transformer une information difficile en une véritable crise sociale. Faut-il privilégier le superviseur, au plus près du terrain, ou le délégué syndical, représentant élu des employés ? La réponse, comme souvent en médiation, est : ça dépend de la nature de la nouvelle et du capital confiance de chacun.

Le superviseur direct est souvent le canal naturel. Il a une légitimité technique et une relation quotidienne avec son équipe. Une étude sur la confiance en entreprise révélait d’ailleurs que ce que les salariés attendent en priorité de leur manager est ‘qu’il nous fasse confiance’ (56%), un sentiment qui doit être réciproque. Pour les nouvelles opérationnelles (changement de planning, problème qualité), le superviseur est le mieux placé. Sa crédibilité repose sur sa connaissance du terrain. Cependant, si la nouvelle a un impact majeur sur les conditions de travail ou la rémunération, il peut être perçu comme un simple « porte-parole de la direction », pris entre le marteau et l’enclume.

Le délégué syndical, lui, possède une légitimité démocratique. Sa parole est, par définition, celle qui défend les intérêts des salariés. L’impliquer en amont dans l’annonce d’une restructuration ou d’une modification des conventions collectives n’est pas une option, c’est une obligation et une stratégie intelligente. Une annonce conjointe Direction-Syndicat sur un sujet difficile, bien que rare, est un signal extrêmement puissant. Elle montre qu’un consensus a été trouvé, que les discussions ont été menées et que la solution, même si elle est dure, est le fruit d’un compromis. Cela désamorce la contestation et renforce la crédibilité des deux parties. Choisir l’un contre l’autre est une erreur ; l’enjeu est de les faire travailler ensemble.

Voici une matrice simple pour guider le choix du messager selon le type de nouvelle :

  • Nouvelles opérationnelles courantes : Superviseur direct (pour sa proximité et crédibilité technique).
  • Changements de conditions de travail : Annonce conjointe superviseur + délégué syndical (pour montrer un front uni et un accord négocié).
  • Restructuration majeure / plan social : Séquence pilotée par la Direction générale, avec les représentants syndicaux en co-annonceurs et un plan de communication échelonné.
  • Problèmes de sécurité graves : Responsable SST + superviseur + idéalement le témoignage d’un pair respecté pour maximiser l’impact.
  • Résultats financiers négatifs : Le directeur financier (CFO) pour expliquer les chiffres, relayé par le superviseur pour traduire l’impact concret sur l’équipe.

L’erreur fatale de promettre des améliorations de conditions de travail sans budget validé

Dans un effort pour calmer un climat social tendu, la tentation est grande pour un manager de faire des promesses. « Oui, nous allons regarder pour la nouvelle machine à café », « Je vais faire remonter votre demande pour des chaises ergonomiques », « L’amélioration de la ventilation est une priorité ». Ces phrases, lancées avec une bonne intention, sont des bombes à retardement si elles ne sont pas adossées à un budget validé et à un calendrier clair. Chaque promesse non tenue est une preuve flagrante du fossé entre les paroles et les actes, et détruit plus de confiance qu’un refus honnête.

Le manque de reconnaissance est un puissant levier de démotivation. Une enquête Capterra a montré que pour 26% des employés, le manque de reconnaissance des efforts fournis est un paramètre majeur affectant leur engagement. Une promesse d’amélioration est une forme de reconnaissance. Si elle n’est pas honorée, elle se transforme en son contraire : un signe de mépris. L’employé ne se souviendra pas de la bonne intention, mais de la parole non respectée. Pour le plancher, une promesse de la direction est une parole d’évangile. L’oublier est une faute professionnelle.

La solution réside dans une transparence radicale sur le processus. Au lieu de promettre un résultat, promettez un processus. Ne dites pas « Vous aurez de nouvelles chaises », mais « J’ai entendu votre demande sur les chaises ergonomiques. Voici les étapes : 1. Je demande trois devis cette semaine. 2. Je présente le dossier au comité de direction le 15 du mois prochain. 3. Je reviens vers vous le 16 avec une réponse, qu’elle soit positive, négative ou un report. » Cette approche a plusieurs avantages : elle montre que la demande est prise au sérieux, elle éduque les équipes sur les contraintes budgétaires et les circuits de décision, et elle protège votre crédibilité. Un « non » expliqué et argumenté est infiniment mieux perçu qu’un « oui » qui se perd dans les limbes.

La meilleure pratique est de rendre ce processus public. Un simple tableau d’affichage, qu’il soit physique ou digital, peut lister les demandes d’amélioration avec leur statut : « En attente de devis », « En attente de validation budgétaire », « Approuvé – déploiement en Q3 », « Refusé – motif : […] ».

Vue large d'un atelier de production canadien avec un tableau d'affichage public montrant différents statuts de projets d'amélioration

Cette méthode, inspirée de la gestion de projet Agile, transforme les frustrations en un dialogue constructif. Elle instaure une culture de la confiance a priori, comme le prône Pascal Demurger de la MAIF, où l’on sort de la logique ordre-contrôle-sanction pour une gestion collaborative et transparente. Chaque ligne du tableau devient une preuve que la direction écoute, analyse et agit, même si l’issue n’est pas toujours celle espérée.

Quand organiser un événement d’équipe pour marquer la fin d’une période difficile ?

Après des semaines ou des mois de tension, de restructuration ou d’efforts intenses, l’idée d’organiser un événement pour « tourner la page » et « remercier les équipes » semble naturelle. Un BBQ, une sortie d’équipe, une fête de fin d’année… Attention, terrain miné. Mal planifié, un tel événement peut être perçu comme une tentative maladroite et artificielle d’acheter la paix sociale, surtout si les problèmes de fond ne sont pas réglés. Il peut même devenir contre-productif, le personnel y voyant une dépense superflue alors que « l’argent pourrait être mis ailleurs ».

La clé du succès n’est pas l’événement lui-même, mais le « quand » et le « comment ». L’erreur classique est de le faire trop tôt, alors que la poussière n’est pas retombée, ou de manière isolée, comme une parenthèse enchantée dans un quotidien qui reste difficile. Pour être efficace, l’événement ne doit pas être un point de départ, mais un point d’arrivée : la célébration d’une victoire concrète et partagée. Il doit marquer la fin réussie d’un projet, l’atteinte d’un objectif de production difficile, ou la résolution vérifiable d’un problème majeur qui affectait les équipes.

Une approche beaucoup plus puissante est celle des jalons de confiance, inspirée de la philosophie de l’amélioration continue. Plutôt qu’un grand événement annuel, prévoyez des célébrations plus modestes mais régulières, tous les 30 ou 90 jours, pour marquer des progrès tangibles. Ces rituels, comme le souligne l’approche de Proaction International, envoient un message fort que les efforts comptent et que l’organisation valorise le travail accompli. Avoir atteint un objectif de réduction des rebuts ? Pizza pour l’équipe. Avoir passé 100 jours sans accident ? Un petit-déjeuner payé par la direction. Ces petites victoires créent un momentum positif et rendent le succès collectif.

Quant à l’organisation, l’implication est reine. Créer un comité paritaire direction-plancher pour choisir et organiser l’activité transforme la planification elle-même en un exercice de réconciliation. Au Canada, ancrer l’événement dans la culture locale renforce son authenticité : une sortie à la cabane à sucre au Québec, un tournoi de curling amical, un grand BBQ estival dans les Prairies ou une journée de bénévolat pour un organisme communautaire local. Le but n’est pas de dépenser beaucoup, mais de partager une expérience authentique qui ressoude les liens sur des bases saines.

Comment maintenir un sentiment d’appartenance fort quand 50% de l’équipe est en télétravail ?

Le travail hybride est une réalité, même dans le secteur manufacturier où les fonctions support (ingénierie, planification, RH, etc.) opèrent souvent à distance. Ce modèle crée un nouveau fossé : celui entre les employés « sur site » et les « télétravailleurs ». Le risque est de développer deux cultures parallèles, où ceux à distance perdent le contact avec la réalité du plancher, et ceux sur le plancher se sentent déconnectés des décisions prises « ailleurs ». Maintenir un sentiment d’appartenance unique et fort devient alors un défi managérial de premier ordre.

La solution ne peut pas être de forcer tout le monde à revenir au bureau. Elle doit consister à créer des ponts intentionnels et structurés entre ces deux mondes. Laisser la communication se faire de manière organique ne fonctionne pas ; les silos se renforceront naturellement. Il faut mettre en place des rituels qui forcent l’interaction et la compréhension mutuelle. L’objectif est de s’assurer que chaque télétravailleur « ressente » le pouls de l’usine, et que chaque employé sur site comprenne la contribution de ses collègues à distance.

Une culture forte repose sur des valeurs partagées et connues. Il est intéressant de noter que la connaissance des valeurs de l’entreprise est fortement corrélée à la confiance envers la direction. En effet, des études montrent que près de 9 employés sur 10 (87%) qui connaissent les valeurs de leur entreprise sont plus susceptibles de faire confiance à leurs dirigeants. Il est donc crucial que ces valeurs soient incarnées et vécues de la même manière, que l’on soit à la maison ou sur la ligne de production.

Voici quelques stratégies concrètes de connexion hybride pour le secteur industriel :

  • Le « Gemba Virtuel » : Une fois par mois, un télétravailleur (ex: un ingénieur) passe une heure en appel vidéo « embarqué » avec un opérateur via une tablette. Il voit ce que l’opérateur voit et comprend les défis pratiques de son travail.
  • Le parrainage inversé : Un opérateur expérimenté du plancher devient le « mentor culturel » d’un nouveau télétravailleur pour l’aider à comprendre les codes, les rituels et les personnalités clés de l’usine.
  • Le canal « Pont Digital-Physique » : Un espace dédié (sur Teams ou Slack) où l’équipe de production partage des photos et courtes vidéos des réussites ou problèmes du jour, et où les télétravailleurs partagent des informations marché ou des retours clients pertinents.
  • La rotation sur site obligatoire : Chaque télétravailleur dont le rôle est lié à la production doit passer un minimum de jours par mois (ex: 2 jours) physiquement sur le plancher, non pas dans une salle de réunion, mais aux côtés des équipes.

Pourquoi remplacer un poste manuel par un robot collaboratif peut réduire vos accidents de 50% ?

L’introduction de l’automatisation et de la robotique sur un plancher de production est l’un des sujets les plus anxiogènes pour les employés. La peur de la « perte d’emploi » est immédiate et peut saboter le projet avant même qu’il ne commence. Pourtant, lorsqu’elle est présentée et gérée non pas comme une stratégie de réduction des coûts, mais comme une stratégie d’amélioration de la santé et de la sécurité, l’introduction d’un cobot (robot collaboratif) peut devenir un puissant levier de confiance.

De nombreuses tâches manuelles dans l’industrie sont répétitives, physiquement exigeantes et sources de troubles musculo-squelettiques (TMS), qui représentent une part majeure des accidents de travail. Palettisation, vissage répétitif, port de charges… Ces postes usent les corps et démotivent les esprits. Remplacer une de ces tâches par un cobot n’élimine pas un employé, il élimine un risque. C’est ce message qui doit être au cœur de la communication. L’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais de lui confier des tâches à plus forte valeur ajoutée : contrôle qualité, maintenance de premier niveau, supervision du robot, résolution de problèmes.

Le processus d’intégration du cobot est crucial. Imposer la machine serait une erreur. Il faut au contraire impliquer les opérateurs dès le début. Utiliser les Gemba Walks pour identifier avec eux les postes les plus pénibles et à risque est la première étape. L’automatisation devient alors la solution à un problème qu’ils ont eux-mêmes identifié. Cette démarche d’amélioration continue (Kaizen) rend le changement légitime. L’opérateur dont le poste est automatisé ne doit pas être licencié, mais formé pour devenir le superviseur du robot, un technicien spécialisé, ce qui représente une montée en compétences et une revalorisation de son rôle.

Plan d’action : Votre feuille de route pour une transition réussie vers les cobots

  1. Identification des postes à risque : Utilisez les Gemba Walks et les registres d’accidents pour lister les tâches présentant le plus de risques de TMS ou d’accidents.
  2. Création d’un comité paritaire : Formez un groupe de travail (opérateurs, superviseur, SST, ingénierie) pour sélectionner la première tâche à automatiser et choisir la technologie.
  3. Implication et appropriation : Impliquez les opérateurs dans le choix, l’installation et même le « baptême » du cobot. Laissez-les lui donner un nom pour favoriser l’appropriation.
  4. Formation et revalorisation : Mettez en place un plan de formation pour que les opérateurs actuels deviennent les techniciens spécialisés responsables des cobots.
  5. Financement et communication : Explorez les programmes de financement gouvernementaux canadiens pour la formation et la modernisation, et communiquez activement sur la réduction mesurée des accidents et des TMS.

En suivant ce plan, le cobot n’est plus perçu comme une menace, mais comme un collègue qui prend en charge les tâches les plus ingrates et dangereuses, permettant à l’humain de se concentrer sur son intelligence et son expertise.

À retenir

  • La confiance ne se décrète pas, elle se construit par des actions visibles et quotidiennes sur le terrain, comme le Gemba Walk.
  • La transparence financière est vaine si les indicateurs de haut niveau (EBITDA, TRS) ne sont pas traduits en impacts concrets et compréhensibles pour chaque employé.
  • Toute initiative, qu’il s’agisse de l’introduction d’un robot ou de la gestion du télétravail, doit être abordée comme une opportunité de renforcer le lien humain et la sécurité, et non comme une simple mesure de productivité.

Taux de Rendement Synthétique (TRS) : comment dépasser 85% d’efficacité sur vos lignes ?

Le Taux de Rendement Synthétique (TRS), ou OEE en anglais, est le « thermomètre de la performance » le plus honnête d’une usine. Il ne ment pas. Cet indicateur, qui mesure le pourcentage du temps de production réellement productif, est le résultat de trois facteurs : la disponibilité de la machine, sa performance et la qualité de ce qu’elle produit. Atteindre un TRS de « classe mondiale » (généralement fixé à 85% ou plus) n’est pas qu’un défi technique ; c’est le reflet d’une organisation où la confiance, la communication et la collaboration fonctionnent à plein régime.

Un TRS faible est souvent le symptôme d’un fossé entre la direction et le plancher. Les micro-arrêts non signalés, la maintenance préventive négligée, les changements de série mal préparés… Tous ces éléments qui plombent le TRS sont des problèmes que seule une collaboration étroite peut résoudre. Un opérateur qui ne fait pas confiance à son superviseur ne lui signalera pas la vibration anormale de la machine, de peur d’être blâmé pour une éventuelle panne. Une équipe de maintenance qui se sent dévalorisée se contentera de réparer au lieu d’anticiper. Améliorer le TRS est donc un projet d’équipe total.

La première étape est de rendre le TRS visible et compréhensible pour tous, en temps réel, sur chaque ligne. Ensuite, il faut utiliser les Gemba Walks pour analyser les causes de pertes de TRS directement avec les opérateurs. Eux seuls connaissent les vraies raisons des baisses de cadence ou des arrêts fréquents. En les impliquant dans la recherche de solutions (Kaizen), vous les transformez de simples exécutants en propriétaires de la performance de leur ligne. L’amélioration du TRS devient alors un objectif commun et une source de fierté collective.

Plutôt que de s’appuyer uniquement sur les rapports ou les KPIs, les leaders utilisent les Gemba walks pour voir de première main comment le travail est fait. Les objectifs principaux sont de construire une confiance mutuelle, comprendre les flux de travail et découvrir les inefficacités qui pourraient être manquées à distance.

– Businessmap, Gemba Walk: A Practical Guide to Process Improvement

L’impact d’un TRS élevé dépasse largement le cadre financier. C’est le signe d’un environnement de travail plus serein, moins stressant, où les choses fonctionnent comme elles le devraient. Le tableau suivant met en perspective les niveaux de TRS avec leur signification opérationnelle.

Impact du TRS sur les indicateurs clés de performance
Niveau de TRS Impact financier Statut opérationnel Actions recommandées
< 65% Pertes > 100k$/mois Critique Intervention immédiate requise
65-75% Pertes 20-50k$/mois Sous-performant Plan d’amélioration prioritaire
75-85% Proche équilibre Acceptable Optimisation continue
> 85% Gains > 50k$/mois Classe mondiale Maintien et partage des bonnes pratiques

Ce plan de 90 jours n’est pas une formule magique, mais une méthode. Il exige de la discipline, de l’humilité et une réelle volonté de changer de posture. L’étape suivante consiste à chausser vos bottes de sécurité et à descendre sur le plancher, non pas avec des réponses, mais avec des questions. Le premier pas vers la confiance se fait à pied.

Questions fréquentes sur la gestion du climat social en usine

Quelle est la différence entre un événement unique et une approche par jalons ?

L’événement unique risque de paraître artificiel après une crise, tandis que les jalons réguliers (tous les 30 jours, par exemple) créent un momentum positif et montrent un engagement continu et sincère de la direction à reconnaître les efforts accomplis.

Comment impliquer efficacement le plancher dans l’organisation d’un événement ?

La meilleure façon est de créer un comité paritaire direction-plancher. Cela garantit que l’événement correspond aux goûts et aux attentes de tous, et transforme l’organisation même de l’événement en un exercice de réconciliation et de collaboration.

Quel type d’événement privilégier au Canada ?

Privilégiez des activités qui sont culturellement ancrées et qui favorisent l’échange informel. Une sortie à la cabane à sucre au Québec, un BBQ estival dans les Prairies, un tournoi amical de curling en hiver, ou même une journée de bénévolat pour un organisme communautaire local sont d’excellentes options qui unissent l’équipe autour d’une expérience partagée et authentique.

Rédigé par Pierre-Luc Gagnon, Ingénieur industriel et directeur des opérations, expert en optimisation manufacturière et logistique nord-américaine. Spécialiste du Lean Management, de l'industrie 4.0 et de l'exportation vers les USA.