
La meilleure stratégie d’investissement pour une holding n’est pas celle qui rapporte le plus, mais celle qui protège votre avantage fiscal le plus précieux : la déduction pour petite entreprise (DPE).
- La gestion du revenu de placement passif (RPTA) est non négociable pour éviter une érosion de votre plafond d’affaires.
- Les fonds négociés en bourse (FNB) à bas frais surpassent presque toujours les fonds communs de placement, libérant des centaines de milliers de dollars sur le long terme.
- Votre politique de placement doit être directement alignée sur votre stratégie de sortie d’entreprise, qu’il s’agisse d’une vente, d’un transfert ou d’une retraite.
Recommandation : Avant de choisir le moindre produit d’investissement, la première étape est de formaliser un mandat de placement clair qui définit vos objectifs de risque, de rendement et, surtout, de fiscalité.
Pour un entrepreneur québécois, accumuler des liquidités excédentaires dans son entreprise est un « problème de riche », mais un problème bien réel. Laisser cet argent dormir dans un compte chèque est une perte d’opportunité flagrante, érodée par l’inflation. La question qui se pose alors n’est pas seulement « où investir ? », mais « comment investir intelligemment depuis ma société ? ». Les options les plus discutées, les FNB et l’immobilier, ne sont que la pointe de l’iceberg. Trop souvent, le débat se limite à une simple comparaison de rendement potentiel ou de liquidité.
Cette approche est une erreur stratégique. Pour une société de gestion (holding), la véritable clé n’est pas la maximisation du rendement à tout prix. C’est une gestion de risque fiscal chirurgicale. Chaque dollar de revenu de placement peut potentiellement affecter votre avantage fiscal le plus important : la déduction pour petite entreprise (DPE). L’enjeu n’est donc pas de savoir si l’immobilier est « meilleur » que les FNB, mais de construire une politique de placement corporative qui sert les objectifs du cycle de vie de votre entreprise — de la protection de la DPE jusqu’à la préparation de votre stratégie de sortie — tout en faisant travailler votre capital.
Cet article n’est pas une simple liste d’options. Il propose un cadre de réflexion stratégique pour l’entrepreneur averti. Nous allons décortiquer les mécanismes fiscaux, évaluer les véhicules de placement non pas sur leur performance brute, mais sur leur efficacité fiscale, et aligner chaque décision d’investissement sur vos objectifs à long terme. L’objectif est de transformer votre capital dormant en un moteur de croissance patient et fiscalement optimisé.
Pour naviguer avec succès dans les complexités de l’investissement corporatif au Québec, il est essentiel de maîtriser plusieurs concepts clés. Ce guide vous accompagnera pas à pas, des pièges fiscaux à éviter aux stratégies de placement les plus pertinentes pour votre holding.
Sommaire : Piloter les placements de sa holding au Québec : une approche stratégique
- Pourquoi trop de revenus de placement peuvent réduire votre déduction pour petite entreprise (DPE) ?
- Comment une « Holding » permet de reporter l’impôt et de protéger vos actifs excédentaires ?
- Sécurité du capital ou croissance : quel mandat donner à votre gestionnaire de patrimoine ?
- L’erreur de payer 2% de frais pour des fonds mutuels qui sous-performent le marché
- CPG ou Obligations : où placer vos liquidités d’entreprise quand les taux sont élevés ?
- Quand conserver des placements encaissables pour payer vos impôts corporatifs ?
- Actions US ou internationales : comment protéger votre portefeuille contre la chute du dollar canadien ?
- Quand et comment définir votre stratégie de sortie (Exit) dès la rédaction du plan d’affaires ?
Pourquoi trop de revenus de placement peuvent réduire votre déduction pour petite entreprise (DPE) ?
La déduction pour petite entreprise (DPE) est le pilier de l’avantage fiscal des entrepreneurs au Québec. Elle permet à une société privée sous contrôle canadien (SPCC) de bénéficier d’un taux d’imposition combiné beaucoup plus faible sur sa première tranche de revenus d’entreprise exploitée activement. Pour illustrer, le taux combiné peut passer de 12,2% avec la DPE à 26,5% sans elle sur les premiers 500 000 $ de revenus. C’est une différence colossale qui impacte directement le capital disponible pour la croissance ou l’investissement.
Le piège se situe dans les revenus de placement. Lorsque votre société génère des revenus passifs (intérêts, dividendes, gains en capital, etc.), ceux-ci constituent un « revenu de placement total ajusté » (RPTA). Si ce RPTA dépasse un seuil de 50 000 $ dans une année fiscale, votre plafond des affaires de 500 000 $ admissible à la DPE commence à être réduit. Au-delà de 150 000 $ de RPTA, votre DPE est complètement éliminée pour l’année suivante. C’est un véritable couperet fiscal.
Une étude de la Chaire de recherche en fiscalité de l’Université de Sherbrooke a souligné que près de 70% de l’impôt des petites sociétés québécoises a bénéficié du taux réduit entre 2010 et 2014, ce qui démontre le caractère critique de cet avantage. Gérer activement le RPTA n’est donc pas une option, mais une nécessité absolue pour préserver la rentabilité de votre structure corporative. Le choix des placements doit être subordonné à cet impératif. Par exemple, privilégier des placements générant des gains en capital (imposés à 50%) plutôt que des revenus d’intérêts (imposés à 100%) peut être une première stratégie de mitigation.
Le tableau suivant illustre clairement l’érosion rapide du plafond des affaires en fonction du RPTA généré.
| Revenu de placement total ajusté | Réduction du plafond DPE | Plafond effectif |
|---|---|---|
| 50 000 $ et moins | 0 $ | 500 000 $ |
| 75 000 $ | 125 000 $ | 375 000 $ |
| 100 000 $ | 250 000 $ | 250 000 $ |
| 150 000 $ et plus | 500 000 $ | 0 $ |
En somme, avant même de penser « rendement », l’entrepreneur-investisseur doit penser « optimisation du RPTA« . C’est le fondement de toute stratégie de placement corporative saine au Québec.
Comment une « Holding » permet de reporter l’impôt et de protéger vos actifs excédentaires ?
Face à l’accumulation de surplus, la structure la plus efficace pour un entrepreneur est souvent la mise en place d’une société de gestion, communément appelée « holding ». Cette entité juridique distincte de votre société d’exploitation (Opco) joue un double rôle fondamental : le report d’impôt et la protection d’actifs. Concrètement, l’Opco, qui génère les revenus actifs, peut verser des dividendes inter-corporatifs non imposables à la holding. Cet argent est ainsi transféré d’un environnement à risque (l’exploitation commerciale) vers un véhicule dédié à l’investissement et à la protection du patrimoine, sans déclencher d’impôt personnel immédiat.
Cet arbitrage est crucial. Les actifs détenus dans la holding sont juridiquement séparés des dettes et des risques de l’Opco. En cas de difficultés financières ou de litige visant votre entreprise d’exploitation, les surplus accumulés dans la holding sont, en principe, à l’abri des créanciers. C’est un rempart essentiel pour sécuriser le fruit de nombreuses années de travail. Cette structure permet de faire croître le capital à l’abri de l’impôt personnel, qui ne sera payable que lorsque vous déciderez de vous verser un dividende personnel depuis la holding.

Cependant, il faut rester pragmatique quant à l’étendue de cette protection. Comme le rappelle le cabinet Bilodeau Patry dans sa mise à jour fiscale, la séparation n’est pas toujours absolue. Voici leur mise en garde :
La protection des actifs par une holding est limitée lorsque les banques exigent des garanties personnelles pour les prêts, contournant ainsi la séparation des entités.
– Cabinet Bilodeau Patry, Mise à jour fiscale 2024
Cette nuance est importante : si vous avez personnellement garanti les dettes de votre Opco, les créanciers pourraient potentiellement se tourner vers vos actifs personnels, y compris les actions de votre holding. La structure offre une protection significative, mais pas infaillible. Elle reste néanmoins le véhicule par excellence pour la gestion de patrimoine corporatif.
La holding n’est donc pas qu’un outil fiscal, c’est une forteresse pour votre patrimoine, à condition d’en comprendre les forces et les limites.
Sécurité du capital ou croissance : quel mandat donner à votre gestionnaire de patrimoine ?
Une fois les surplus transférés dans la holding, la question cruciale devient : quel est l’objectif ? Tenter de maximiser la croissance comme dans un compte de courtage personnel est une erreur fréquente. La holding a un rôle stratégique distinct. La première étape n’est pas de choisir des FNB ou des immeubles, mais de définir un mandat de placement clair. Ce mandat dicte l’équilibre entre la préservation du capital (et de la DPE) et la recherche de croissance à long terme.
Il existe un paradoxe psychologique intéressant chez de nombreux entrepreneurs, comme le souligne Lee Goldman de CI Gestion mondiale d’actifs :
Le biais psychologique de l’entrepreneur fait qu’il a souvent une forte tolérance au risque dans son entreprise mais pas nécessairement sur les marchés financiers.
– Lee Goldman, CI Gestion mondiale d’actifs
Cette aversion au risque sur les marchés, combinée à la crainte de perdre la DPE, pousse souvent vers des mandats très conservateurs. Un mandat axé sur la « Sécurité du capital » visera principalement à générer un rendement modeste tout en maintenant le RPTA bien en dessous du seuil de 50 000 $. Il privilégiera les obligations, les CPG et certains FNB de dividendes canadiens. À l’opposé, un mandat « Croissance » sera orienté vers l’appréciation du capital à long terme, en vue d’une sortie d’entreprise par exemple. Il acceptera une plus grande volatilité et inclura une part plus importante d’actions mondiales et d’immobilier, tout en utilisant des stratégies pour gérer le RPTA (comme la cristallisation des gains en capital).

Le mandat de placement doit évoluer avec le cycle de vie de l’entreprise. Un entrepreneur en phase d’accumulation agressive n’aura pas les mêmes objectifs qu’un entrepreneur qui prépare sa retraite dans cinq ans. Le mandat n’est pas statique ; il doit être revu périodiquement avec votre conseiller pour s’assurer qu’il reste aligné avec votre réalité d’affaires et personnelle.
En conclusion, le choix n’est pas entre des produits, mais entre des philosophies. C’est en formalisant votre mandat que vous donnerez une direction claire à votre capital et éviterez les décisions réactives et potentiellement dommageables fiscalement.
L’erreur de payer 2% de frais pour des fonds mutuels qui sous-performent le marché
Dans la gestion de patrimoine, qu’elle soit personnelle ou corporative, les frais de gestion sont l’ennemi silencieux de la performance. Payer 2% ou plus pour des fonds communs de placement est une pratique encore répandue, mais qui s’avère dévastatrice sur le long terme. Ces frais, qui semblent minimes sur une base annuelle, composent de manière exponentielle et amputent une part significative de votre rendement final, souvent sans justification de surperformance.
La solution la plus efficace et la plus accessible aujourd’hui réside dans les fonds négociés en bourse (FNB). Ces véhicules de placement passifs, qui répliquent simplement un indice de marché (comme le S&P 500 ou le TSX 60), offrent des frais de gestion (ratio des frais de gestion ou RFG) radicalement plus bas. Par exemple, une analyse comparative des frais révèle que le RFG pour des FNB immobiliers canadiens (comme VRE) se situe autour de 0,39%, contre une moyenne de 2,2% pour les fonds communs immobiliers traditionnels. Cette différence de près de 1,8% par an a des conséquences financières massives.
Pour quantifier cet impact, considérons un capital de 250 000 $ investi sur 15 ans avec un rendement brut annuel de 7%. Le tableau ci-dessous, basé sur des données de marché, illustre l’écart colossal de richesse accumulée en fonction des frais payés.
| Type de placement | Frais annuels | Valeur après 15 ans | Différence vs FNB |
|---|---|---|---|
| FNB indiciel | 0,20% | 665 432 $ | Base |
| Fonds commun actif | 2,20% | 502 839 $ | -162 593 $ |
| FPI/REIT direct (FNB) | 0,39% | 642 871 $ | -22 561 $ |
Comme le montre ce comparatif, opter pour un fonds commun standard au lieu d’un FNB indiciel peut vous coûter plus de 160 000 $ sur 15 ans. C’est un manque à gagner considérable qui aurait pu financer une partie de votre retraite ou être réinvesti. Pour un entrepreneur dont chaque dollar compte, choisir des FNB à bas frais n’est pas une simple optimisation, c’est une décision d’affaires fondamentale.
En définitive, la chasse aux frais de gestion excessifs devrait être le premier réflexe de tout investisseur corporatif. C’est le rendement le plus facile et le plus sûr que vous puissiez obtenir.
CPG ou Obligations : où placer vos liquidités d’entreprise quand les taux sont élevés ?
Pour la portion « sécurité » du portefeuille de votre holding, destinée à préserver le capital et à générer des revenus d’intérêts prévisibles (tout en surveillant le RPTA), deux options traditionnelles se présentent : les Certificats de Placement Garanti (CPG) et les obligations. Dans un environnement de taux d’intérêt élevés, le choix devient plus nuancé et de nouvelles alternatives, comme les FNB d’obligations ou de comptes d’épargne, gagnent en pertinence.
Les CPG offrent une sécurité absolue du capital et un rendement fixe connu d’avance. Ils sont simples à comprendre et sans risque de marché. Leur principal inconvénient est le manque de liquidité : les fonds sont généralement bloqués pour une durée déterminée. Les obligations, quant à elles, peuvent être achetées individuellement ou via des FNB. Elles offrent plus de flexibilité et de liquidité (surtout via les FNB), mais leur valeur marchande fluctue inversement aux taux d’intérêt. Un FNB d’obligations à court terme peut donc voir sa valeur baisser si les taux montent encore.
Récemment, les FNB de comptes d’épargne à intérêt élevé (HISA ETFs en anglais) sont devenus une alternative très attractive. Ils investissent dans des dépôts auprès de grandes banques et offrent un rendement très compétitif avec une liquidité quotidienne. Une comparaison des rendements actuels montre que les HISA ETFs offrent entre 4,5% et 5%, les CPG sur 1 an environ 4,2%, et les FNB d’obligations à court terme un rendement similaire. Les FNB HISA combinent donc souvent le meilleur des deux mondes : rendement élevé et liquidité maximale.
Exemple de stratégie d’échelle pour une société
Une holding québécoise avec 1 M$ de liquidités peut adopter une stratégie en trois tranches pour optimiser rendement et liquidité. D’après un modèle de Mackenzie Investments, elle pourrait allouer 300 000 $ en FNB HISA (comme PSA.TO) pour les besoins immédiats et les occasions, 400 000 $ en CPG échelonnés sur 12-24 mois pour un rendement garanti sur des besoins futurs prévisibles, et 300 000 $ en FNB d’obligations à duration ultra-courte. Cette approche diversifiée génère un rendement moyen d’environ 4,5% tout en optimisant l’efficacité fiscale grâce au traitement mixte des revenus d’intérêts et des potentiels gains en capital des FNB obligataires.
Le choix dépendra de votre horizon de placement et de vos besoins de liquidité. Pour des fonds nécessaires dans moins d’un an (comme le paiement d’impôts), les FNB HISA sont souvent supérieurs. Pour du capital patient sur 1 à 3 ans, un échelonnement de CPG peut garantir le rendement et lisser le risque de réinvestissement.
Ainsi, la gestion des liquidités sécuritaires n’est plus un simple choix binaire, mais un arbitrage stratégique entre rendement, liquidité et sécurité, avec des outils de plus en plus sophistiqués à votre disposition.
Quand conserver des placements encaissables pour payer vos impôts corporatifs ?
Une gestion de trésorerie efficace est la pierre angulaire de la stabilité financière d’une entreprise. Pour une holding qui investit ses surplus, une erreur commune est de placer la totalité du capital dans des actifs à long terme ou peu liquides, en oubliant une échéance inévitable : les impôts corporatifs. Ne pas anticiper les acomptes provisionnels et le solde d’impôt annuel peut forcer la vente d’actifs en catastrophe, souvent au pire moment du marché. Il est donc impératif de maintenir une poche de liquidités spécifiquement dédiée à ces obligations fiscales.
La question est de savoir comment faire travailler cet argent sans prendre de risque. Le laisser dans un compte-chèques (0% de rendement) est inefficace. La meilleure approche consiste à utiliser des placements à très court terme, sécuritaires et entièrement encaissables. Les FNB de comptes d’épargne à intérêt élevé (CEIE ou HISA ETFs) sont parfaitement adaptés à ce rôle. Ils sont conçus pour offrir un rendement nettement supérieur à celui des comptes d’épargne traditionnels tout en offrant une liquidité quasi-instantanée. Actuellement, les FNB de comptes d’épargne à intérêt élevé offrent actuellement un rendement net autour de 4,71%, contre à peine 1,5% pour un compte d’épargne bancaire standard pour entreprise.
Conserver l’équivalent de 3 à 4 mois d’impôts prévisionnels dans ce type de FNB est une pratique saine. Pour les besoins connus à un horizon de 6 à 12 mois, une échelle de CPG peut également être une option judicieuse. L’immobilier, en revanche, est totalement inapproprié pour les besoins de liquidité à court terme, en raison des délais de vente qui peuvent s’étendre sur 3 à 6 mois et de l’incertitude sur le prix de vente final. Une marge de crédit d’exploitation peut servir de tampon d’urgence, mais ne devrait pas être la stratégie principale pour payer les impôts.
Votre plan d’action pour la gestion de trésorerie
- Calculer les besoins : Évaluez précisément vos acomptes provisionnels mensuels et estimez le solde annuel d’impôt à payer.
- Créer une poche de liquidité : Maintenez l’équivalent de 3-4 mois de ces besoins fiscaux dans un FNB HISA pour combiner rendement et accès immédiat.
- Planifier à moyen terme : Utilisez une échelle de CPG (échéances de 3, 6, 9, 12 mois) pour les besoins connus à plus long terme, afin de maximiser le rendement garanti.
- Prévoir un tampon d’urgence : Considérez une marge de crédit d’exploitation comme une solution de secours, et non comme la source de fonds principale pour les impôts.
- Éviter l’illiquidité : N’allouez jamais de capital destiné aux besoins à court terme dans des placements illiquides comme l’immobilier.
En somme, la gestion des liquidités fiscales n’est pas un acte passif, mais une stratégie active qui permet à votre argent de travailler jusqu’au dernier jour, en toute sécurité.
Actions US ou internationales : comment protéger votre portefeuille contre la chute du dollar canadien ?
Une fois la base sécuritaire du portefeuille établie, l’entrepreneur peut se tourner vers la croissance. Investir à l’extérieur du Canada est essentiel pour une véritable diversification, le marché canadien ne représentant qu’environ 3% de la capitalisation boursière mondiale. Les marchés américains et internationaux offrent un potentiel de croissance bien supérieur. Cependant, cet investissement expose la holding à un nouveau risque : le risque de change. Si le dollar canadien (CAD) s’apprécie par rapport au dollar américain (USD), la valeur en CAD de vos placements américains diminuera, et inversement.
Face à ce risque, deux grandes stratégies s’offrent à vous via les FNB :
- FNB non couverts (Unhedged) : Ces FNB, comme le VFV qui suit le S&P 500, achètent des actions américaines en USD. Leur valeur en CAD fluctue donc avec le taux de change USD/CAD. Si l’USD se renforce, vous bénéficiez d’un « gain de change » en plus de la performance du marché. C’est une exposition totale au risque, mais aussi au gain potentiel de la devise.
- FNB couverts (Hedged) : Ces FNB, comme le VSP qui suit également le S&P 500, utilisent des contrats à terme pour neutraliser l’effet des fluctuations de change. Votre rendement sera donc très proche de celui de l’indice S&P 500 lui-même, sans l’impact de la devise. Cette protection a un coût, généralement intégré dans les frais du FNB, qui peut être d’environ 0,15% annuellement.
Le choix n’est pas anodin. Sur le long terme, les fluctuations de devises ont tendance à se moyenner. De nombreux gestionnaires de portefeuille recommandent de ne pas couvrir le risque de change sur les actions, considérant le dollar américain comme une valeur refuge qui tend à s’apprécier en période de crise mondiale, offrant ainsi une protection naturelle à votre portefeuille. En 2024, certains FNB exposés à l’innovation américaine ont affiché des performances spectaculaires pour les investisseurs canadiens, en partie grâce à la force de l’USD. Par exemple, selon les données de performance des FNB canadiens, certains fonds axés sur l’innovation ont généré des rendements exceptionnels.
Pour un entrepreneur, la décision dépend du mandat de placement. Un mandat axé sur la croissance à très long terme peut se permettre une exposition non couverte, pariant sur la diversification apportée par la devise. Un mandat plus conservateur ou avec un horizon plus court pourrait préférer la prévisibilité d’un FNB couvert pour éviter la volatilité ajoutée par le taux de change.
En conclusion, l’exposition internationale est non négociable pour la croissance, mais elle doit être abordée avec une stratégie de change claire et alignée sur votre tolérance au risque.
À retenir
- Votre avantage fiscal le plus précieux est la DPE. Toute stratégie de placement doit viser à la préserver en contrôlant le revenu de placement passif (RPTA).
- Les frais de gestion sont le principal frein à la performance à long terme. Privilégier systématiquement les FNB à bas frais par rapport aux fonds communs est une décision d’affaires majeure.
- Votre stratégie d’investissement n’est pas une fin en soi ; elle doit être entièrement subordonnée à votre stratégie de sortie d’entreprise (vente, transfert, retraite).
Quand et comment définir votre stratégie de sortie (Exit) dès la rédaction du plan d’affaires ?
L’investissement des surplus d’une holding ne peut être déconnecté de la finalité ultime de l’entreprise : sa sortie. Qu’il s’agisse d’une vente à un tiers, d’un transfert à la prochaine génération ou de la liquidation progressive pour financer votre retraite, la nature de vos placements aura un impact direct sur la facilité et l’efficacité fiscale de cette transition. Définir votre stratégie de sortie le plus tôt possible, idéalement dès la création de l’entreprise, permet d’aligner la politique de placement sur cet objectif à long terme.
Un portefeuille de FNB liquides offre une flexibilité maximale. Si vous envisagez une vente, il peut être liquidé en quelques jours pour faciliter la transaction. Pour un transfert aux enfants, les parts de la holding peuvent être transférées ou vendues progressivement. Pour la retraite, des distributions mensuelles peuvent être mises en place facilement. C’est un capital patient, mais toujours accessible.
Un parc immobilier, en revanche, introduit une complexité bien plus grande. La vente d’un immeuble peut prendre de 3 à 6 mois et dépend fortement des conditions de marché. Le fractionnement d’un actif immobilier pour un transfert progressif est fiscalement et juridiquement complexe. Bien que l’immobilier puisse offrir des revenus locatifs stables, sa gestion est active et son illiquidité peut devenir un frein majeur au moment de la sortie. Il est donc mieux adapté à une stratégie de revenus à très long terme qu’à une stratégie de sortie flexible.
Le tableau suivant résume l’impact du type d’actif sur les différentes stratégies de sortie :
| Stratégie de sortie | Portefeuille FNB | Parc immobilier |
|---|---|---|
| Vente avec EGC | Liquidation facile en 2-3 jours | Vente complexe (3-6 mois) |
| Transfert aux enfants | Simple transfert de parts | Évaluation et fractionnement complexes |
| Revenus de retraite | Distributions flexibles mensuelles | Revenus locatifs stables mais gestion requise |
L’étape suivante, une fois ce cadre stratégique établi, consiste à formaliser votre politique de placement corporative avec votre conseiller financier et votre fiscaliste. Cet exercice vous forcera à articuler vos objectifs de risque, de rendement et de transmission, transformant une simple question d’investissement en un véritable plan de gestion de patrimoine pour les décennies à venir.