Publié le 20 mai 2024

La véritable optimisation de votre rémunération ne réside pas dans un choix annuel entre salaire et dividendes, mais dans la construction d’une architecture fiscale qui prévient les pénalités et capitalise sur les opportunités à long terme.

  • Surveiller activement vos revenus passifs est crucial pour ne pas perdre la déduction pour petites entreprises (DPE), ce qui pourrait plus que doubler votre taux d’imposition sur les profits actifs.
  • Une société de gestion (holding) n’est pas qu’un bouclier : c’est un outil actif pour reporter l’impôt et transférer des fonds entre compagnies sans friction fiscale.

Recommandation : Auditez votre structure actuelle non pas sur la base de votre dernière déclaration, mais en fonction de vos objectifs de croissance, d’investissement et de succession.

Chaque année, la même question hante le propriétaire d’une société par actions (inc.) au Québec : comment dois-je me rémunérer ? Salaire ou dividendes ? La réponse habituelle, souvent simpliste, se résume à un arbitrage entre la constitution de droits à la retraite (REER, RRQ) via un salaire et le taux d’imposition potentiellement plus faible des dividendes. Cette vision est non seulement incomplète, elle est dangereusement réductrice. Elle ignore les dynamiques complexes de la fiscalité québécoise qui peuvent transformer une décision apparemment judicieuse en un coûteux piège financier.

La discussion ne devrait pas se limiter à un simple choix binaire. Penser en termes de « salaire OU dividendes » vous fait passer à côté de l’essentiel. La véritable optimisation fiscale pour un entrepreneur avisé ne se trouve pas dans une décision ponctuelle, mais dans la mise en place d’une architecture fiscale dynamique. C’est une structure qui anticipe les seuils critiques imposés par le fisc, protège les actifs excédentaires de votre société d’exploitation et prépare l’avenir, que ce soit pour la retraite, l’investissement ou la transmission de votre patrimoine. Mais si la véritable clé n’était pas le mode de rémunération, mais plutôt la structure qui l’encadre ?

Cet article va au-delà des platitudes. Nous n’allons pas simplement comparer des taux d’imposition. Nous allons disséquer les mécanismes qui régissent la santé financière de votre société et de votre portefeuille personnel. Nous aborderons les concepts fondamentaux que tout entrepreneur québécois doit maîtriser : l’impact dévastateur des revenus passifs sur votre statut de SPCC, le rôle stratégique d’une société de gestion (holding), les pièges des flux de trésorerie entre vos compagnies, et le moment optimal pour planifier votre succession. L’objectif est de vous fournir une feuille de route pour construire une forteresse fiscale, pas seulement pour choisir une arme.

Pour vous guider à travers ces concepts essentiels, cet article est structuré pour vous permettre de bâtir, étape par étape, une compréhension approfondie de votre propre architecture fiscale. Le sommaire ci-dessous vous donne un aperçu des piliers que nous allons explorer ensemble.

Pourquoi perdre votre statut de SPCC à cause de revenus passifs peut doubler votre facture d’impôt ?

L’un des plus grands avantages fiscaux pour un entrepreneur au Québec est l’accès à la Déduction pour Petites Entreprises (DPE). Ce mécanisme permet à votre Société Privée sous Contrôle Canadien (SPCC) de bénéficier d’un taux d’imposition combiné (fédéral et provincial) très avantageux de 12,2 % sur la première tranche de 500 000 $ de revenus d’entreprise exploitée activement. Cependant, ce cadeau fiscal est conditionnel et fragile. Le seuil critique à surveiller est celui de vos revenus de placement passifs (intérêts, dividendes de sociétés publiques, gains en capital, etc.) accumulés dans votre société.

La règle est brutale : dès que vos revenus passifs dépassent 50 000 $ dans une année, votre accès à la DPE pour l’année suivante commence à fondre. En effet, chaque dollar de revenu passif au-delà de 50 000 $ réduit de 5 $ le plafond de 500 000 $ admissible à la DPE. À 150 000 $ de revenus passifs, votre droit à la DPE est complètement anéanti. Votre taux d’imposition sur les premiers 500 000 $ de profit ne sera plus de 12,2 %, mais grimpera au taux général de 26,5 %. Votre facture d’impôt sur cette tranche de revenu a donc plus que doublé à cause d’une accumulation de placements « dormants ».

Pour illustrer l’impact concret, une analyse de la CIBC montre qu’une société générant 150 000 $ de revenu passif et perdant ainsi l’accès à la DPE fédérale paierait 14 600 $ de plus en impôts immédiats. Pire encore, cela signifie que 30 000 $ de moins sont disponibles pour être réinvestis dans la croissance de l’entreprise. Ignorer ce seuil critique n’est pas une option ; c’est une erreur stratégique qui freine directement votre capacité d’investissement et d’enrichissement. La gestion de ces surplus devient donc une priorité absolue.

Comment une « Holding » permet de reporter l’impôt et de protéger vos actifs excédentaires ?

Face au danger des revenus passifs, la solution la plus robuste est la création d’une société de gestion, communément appelée « holding ». Cette structure consiste à créer une nouvelle société par actions qui détiendra les actions de votre société d’exploitation (Opco). Son rôle est double et stratégique : elle agit comme un coffre-fort pour vos actifs et comme un outil puissant de report d’impôt. Le principe est simple : au lieu de laisser les profits excédentaires s’accumuler dans votre Opco et générer des revenus passifs potentiellement toxiques pour votre DPE, vous les transférez à la holding.

Ce transfert se fait via le versement d’un dividende intercorporatif. Au Canada, ces dividendes entre sociétés liées sont généralement libres d’impôt. L’argent monte donc de l’Opco à la Holding sans aucune friction fiscale. Votre Opco, purgée de ses liquidités excédentaires, maintient un profil « actif » et préserve son précieux accès à la DPE. Pendant ce temps, les fonds sont sécurisés dans la Holding, complètement isolés des risques opérationnels de l’Opco (poursuites, créanciers, etc.). C’est le principe de la protection d’actifs : vous ne laissez dans la société à risque que le strict nécessaire à son fonctionnement.

Cette structure permet de créer un écosystème où chaque entité a un rôle clair. L’Opco se concentre sur la génération de profits actifs, tandis que la Holding devient votre véhicule d’investissement personnel, vous permettant de placer ces surplus dans l’immobilier, des fonds négociés en bourse (FNB) ou d’autres projets, le tout dans un environnement fiscalement contrôlé et protégé.

Schéma visuel d'une structure de holding avec flux financiers entre sociétés

Comme le montre ce type de structure, la Holding agit comme un réceptacle qui centralise et protège la richesse générée par les activités opérationnelles, tout en optimisant la charge fiscale globale. La mise en place d’une telle architecture nécessite une planification rigoureuse pour s’assurer qu’elle répond parfaitement à vos objectifs à long terme.

Plan d’action : Mettre en place votre structure de holding au Québec

  1. Constitution de la société de gestion : Créez une nouvelle société par actions (inc.) qui agira comme société mère.
  2. Échange d’actions (roulement fiscal) : Transférez les actions de votre société d’exploitation (Opco) à votre nouvelle Holding en utilisant un roulement fiscal (article 85 de la Loi de l’impôt sur le revenu) pour éviter tout impact fiscal immédiat.
  3. Flux de dividendes : Mettez en place le mécanisme de versement de dividendes intercorporatifs non imposables de l’Opco vers la Holding pour y transférer les liquidités excédentaires.
  4. Conventions et documentation : Assurez-vous que toutes les transactions sont documentées par des résolutions du conseil d’administration et des conventions claires pour justifier le flux de fonds.
  5. Stratégie de placement : Définissez une politique d’investissement claire pour les fonds accumulés dans la Holding, en cohérence avec vos objectifs de croissance et votre tolérance au risque.

Interco : les pièges fiscaux des avances de fonds sans intérêts entre vos compagnies

Une fois votre architecture à deux niveaux (Opco et Holding) en place, la tentation est grande de déplacer des fonds entre elles avec une simple écriture comptable. Un besoin de liquidités dans l’Opco ? Un virement de la Holding, et le tour est joué. Attention, cette flexibilité apparente cache des pièges fiscaux importants. Les autorités fiscales, tant au fédéral qu’au Québec, examinent de très près les transactions entre parties liées, et les avances de fonds sans justification commerciale solide peuvent être requalifiées.

Le principal danger réside dans les avances ou prêts sans intérêts. Si votre Holding prête de l’argent à votre Opco sans exiger un taux d’intérêt raisonnable (généralement basé sur le « taux prescrit » par l’Agence du revenu du Canada), le fisc peut considérer qu’un avantage a été conféré. Inversement, et plus fréquemment, si vous, en tant qu’actionnaire, empruntez de l’argent à l’une de vos sociétés sans le rembourser dans les délais prescrits (généralement avant la fin de la deuxième année fiscale de la société suivant celle du prêt), le montant total du prêt pourrait être ajouté à votre revenu personnel, créant une facture d’impôt salée et inattendue.

Pour éviter ces déconvenues, toute avance de fonds entre vos sociétés doit être traitée avec le même formalisme qu’un prêt bancaire. Selon les bonnes pratiques de gestion fiscale, reconnues internationalement, les conventions de trésorerie doivent être établies à des conditions de marché normales. Cela implique de :

  • Rédiger une convention de prêt en bonne et due forme.
  • Fixer un taux d’intérêt qui reflète les conditions du marché.
  • Établir un calendrier de remboursement réaliste.
  • Documenter le tout par des résolutions des conseils d’administration respectifs.

En l’absence de ce formalisme, vous risquez non seulement des ajustements fiscaux, mais aussi de compliquer la gestion comptable et la valorisation de vos entreprises en cas de vente ou de transmission. Une gestion rigoureuse des flux « interco » est la clé de la pérennité de votre architecture fiscale.

L’erreur de gestion de trésorerie qui vous expose à des intérêts coûteux de Revenu Québec

L’optimisation fiscale ne se résume pas à des structures complexes ; elle commence par une discipline de base : respecter les échéances. Une erreur de gestion de trésorerie, même simple, peut entraîner des pénalités et des intérêts de la part de Revenu Québec et de l’ARC qui viennent directement gruger vos profits. La principale erreur est de ne pas payer le solde d’impôt dû à temps ou de mal calculer ses acomptes provisionnels.

Le calendrier fiscal d’une société au Québec est strict. Voici les dates critiques à ne jamais manquer :

  • Dans les 2 ou 3 mois (selon l’admissibilité à la DPE) suivant la fin de votre année d’imposition : Date limite pour le paiement du solde d’impôt de votre société. Tout retard entraîne l’application d’intérêts.
  • Dans les 6 mois suivant la fin de l’année d’imposition : Date limite pour produire votre déclaration de revenus des sociétés (CO-17 au Québec, T2 au fédéral).
  • Mensuellement ou trimestriellement : Paiement des acomptes provisionnels si l’impôt total de votre société pour l’année en cours et l’année précédente dépasse 3 000 $.

Une autre erreur fréquente concerne les entreprises de services. Au Québec, pour bénéficier pleinement du taux de la DPE, une société doit, entre autres critères, avoir des heures rémunérées à ses employés totalisant plus de 5 500 heures par année. Une mauvaise gestion de la paie ou une réduction des effectifs mal planifiée peut vous faire passer sous ce seuil critique, avec un impact direct et significatif sur votre taux d’imposition.

Le tableau suivant, basé sur les données du ministère des Finances du Québec, illustre parfaitement ce « mur » fiscal. La gestion de la masse salariale devient un enjeu d’optimisation fiscale à part entière.

Comparaison des taux DPE selon le critère des 5 500 heures
Heures rémunérées Taux DPE applicable Taux d’imposition résultant
5 500 heures et plus 8,3% 3,2%
Entre 5 000 et 5 500 heures Taux réduit progressivement Augmente progressivement jusqu’à 11,5%
5 000 heures ou moins 0% 11,5%

Comme le montre cette analyse du ministère des Finances, passer sous le seuil de 5 500 heures peut faire bondir votre taux d’imposition provincial de 3,2% à 11,5%. Une saine gestion de trésorerie implique donc aussi une planification rigoureuse de votre main-d’œuvre.

Quand geler les actions de votre entreprise pour minimiser l’impact fiscal au décès ?

Penser à la transmission de son entreprise n’est pas un sujet réservé à la veille de la retraite. C’est un acte de gestion fondamental qui doit être planifié bien en amont. Au Canada, au moment du décès, un individu est réputé avoir vendu tous ses biens à leur juste valeur marchande. Si vous détenez des actions d’une société qui a pris beaucoup de valeur, cela déclenchera un gain en capital imposable massif, pouvant forcer vos héritiers à vendre l’entreprise pour payer l’impôt.

La stratégie la plus efficace pour contrer cette bombe à retardement fiscale est le « gel successoral ». Cette opération consiste à « cristalliser » la valeur actuelle de votre entreprise. Concrètement, vous échangez vos actions ordinaires (qui continuent de prendre de la valeur) contre des actions privilégiées de gel, dont la valeur est fixe et correspond à la valeur actuelle de l’entreprise. Simultanément, de nouvelles actions ordinaires sont émises et peuvent être souscrites par vos enfants, une fiducie familiale ou des gestionnaires clés, à une valeur nominale (quasi nulle).

L’avantage est double. Premièrement, toute la croissance future de l’entreprise sera attribuée aux nouveaux actionnaires, et non à vous. Votre facture fiscale au décès est donc « gelée » à la valeur de l’entreprise au moment de l’opération. Deuxièmement, comme le souligne une stratégie expliquée par la Banque Nationale, cette technique peut être combinée avec l’Exonération Cumulative des Gains en Capital (ECGC). Au moment du gel, vous pouvez choisir de déclencher un gain en capital et d’utiliser votre exonération (plus de 1 million de dollars en 2024 pour les actions de PME admissibles) pour rendre une partie de la valeur de votre entreprise libre d’impôt, pour vous et pour toujours.

Mains de différentes générations échangeant symboliquement un objet représentant la transmission d'entreprise

Le moment idéal pour un gel ? Non pas à 60 ans, mais dès que la valeur de l’entreprise commence à croître de manière significative et que vous avez une vision claire de la relève. Plus le gel est effectué tôt, plus la croissance future transférée aux successeurs sera importante, minimisant d’autant l’impact fiscal à long terme. C’est un acte de prévoyance qui assure la pérennité de ce que vous avez bâti.

Quand augmenter votre salaire pour réduire le profit imposable (ou l’inverse) ?

Nous revenons à la question centrale, mais avec une perspective plus éclairée. Le choix entre salaire et dividende n’est pas statique ; c’est un levier que vous pouvez actionner différemment selon vos objectifs annuels et votre situation personnelle. Un salaire est une dépense déductible pour votre société, réduisant ainsi son profit imposable. Un dividende, à l’inverse, est versé à partir des profits après impôts de la société.

Augmenter votre salaire est une stratégie pertinente dans plusieurs cas. Le plus évident est lorsque vous souhaitez maximiser vos droits de cotisation à un REER. Pour obtenir la cotisation maximale de 32 490 $ en 2025, il vous faudra un revenu gagné (salaire) d’environ 180 500 $ en 2024. Si vous n’avez pas d’autres sources de revenu gagné, seul un salaire de votre société vous permettra d’atteindre ce seuil. De plus, verser un salaire important (ou un boni) peut être une technique pour réduire le profit imposable de votre société sous le plafond de 500 000 $ et ainsi maximiser l’utilisation de la DPE, ou même pour créer une perte et l’utiliser contre des profits passés ou futurs.

Privilégier les dividendes devient plus intéressant lorsque vos besoins de liquidités personnelles sont élevés et que vous êtes déjà dans les paliers d’imposition supérieurs. Grâce aux crédits d’impôt pour dividendes, le taux d’imposition effectif sur un dividende est souvent inférieur à celui sur un salaire. Comme le souligne Desjardins Entreprises dans son guide, la différence est particulièrement marquée pour les plus hauts revenus.

Au dernier palier d’imposition (à compter d’un revenu imposable de 246 675 $ en 2024), le taux d’imposition d’un dividende est de 48,7% ou de 40,1% (selon le type de dividende) alors qu’il est de 53,3% pour un salaire.

– Desjardins Entreprises, Guide salaire ou dividende 2024

La décision est donc un calcul d’optimisation : ai-je besoin de réduire le profit de ma société ? Ai-je besoin de droits REER ? Ou ai-je besoin de sortir un maximum de liquidités au meilleur taux possible ? La réponse change chaque année en fonction de la performance de l’entreprise et de vos projets de vie.

Subvention directe ou crédit d’impôt : quelle option améliore le plus votre trésorerie immédiate ?

La croissance d’une entreprise est souvent alimentée par des investissements majeurs : achat de nouvelles machines, développement de logiciels, R&D, etc. Le gouvernement offre de nombreux programmes d’aide, qui prennent principalement deux formes : la subvention directe et le crédit d’impôt. Bien que les deux visent à réduire le coût de vos investissements, leur impact sur votre trésorerie – la « vélocité de votre capital » – est radicalement différent.

Une subvention directe, comme celles offertes par Investissement Québec, vous fournit des liquidités maintenant. L’argent est généralement versé par tranches, au fur et à mesure de l’avancement de votre projet. C’est un formidable accélérateur de trésorerie. De plus, une lettre d’octroi de subvention peut servir de levier pour obtenir un financement bancaire additionnel. Le principal inconvénient ? La subvention est considérée comme un revenu et est donc imposable, ce qui réduit son montant net final.

Le crédit d’impôt, comme le C3i (Crédit d’impôt à l’investissement et à l’innovation) ou les crédits pour la R&D, fonctionne différemment. Il ne s’agit pas d’argent versé directement, mais d’une réduction de votre impôt à payer. L’impact sur la trésorerie est donc différé : vous en bénéficiez seulement après avoir produit votre déclaration de revenus. C’est un avantage non imposable, ce qui est un plus, mais il est beaucoup plus difficile à utiliser comme levier auprès d’une banque. L’attente peut être longue entre la dépense et la récupération du crédit.

Le choix dépend de votre situation. Si votre enjeu principal est la liquidité immédiate pour financer un projet, la subvention est reine. Si vous êtes profitable, que vous pouvez préfinancer l’investissement et que vous cherchez l’efficacité fiscale maximale, le crédit d’impôt est souvent supérieur. Le tableau suivant résume les différences clés pour un projet hypothétique.

Comparaison subvention vs crédit d’impôt pour un investissement de 100 000 $
Critère Subvention directe Crédit d’impôt (ex: C3i)
Moment du versement Par tranches durant le projet Après la production de la déclaration fiscale
Impact sur le revenu Imposable (réduit la valeur nette) Non imposable
Effet sur financement bancaire Excellent levier (lettre d’octroi) Difficile à nantir avant réception
Trésorerie immédiate Très favorable Défavorable

À retenir

  • La gestion des revenus passifs est non négociable pour conserver le taux d’imposition préférentiel de 12,2% via la DPE.
  • Une société de gestion (holding) est le meilleur outil pour protéger vos actifs et reporter l’impôt sur les surplus de votre société d’exploitation.
  • Le choix salaire/dividendes est un levier annuel à ajuster selon vos besoins en REER, votre taux marginal d’imposition et les profits de votre entreprise.

Investir les surplus de la société : FNB ou Immobilier pour une Holding au Québec ?

Une fois les surplus transférés dans votre holding, la question devient : comment les faire fructifier ? Les deux voies les plus courantes pour les entrepreneurs québécois sont l’investissement dans un portefeuille de placements (via des FNB, par exemple) et l’investissement immobilier. Les deux options ont des implications fiscales très différentes au sein d’une structure corporative.

L’investissement dans des FNB ou des actions génère principalement des dividendes et des gains en capital. Comme nous l’avons vu, ces revenus sont considérés comme passifs. Au Québec, le taux d’imposition sur ces revenus dans une société est très élevé, à près de 50,4 %. Cependant, une partie de cet impôt, soit 30,67 %, est remboursable à la société lorsqu’elle verse à son tour un dividende imposable à son actionnaire (vous). Ce mécanisme, appelé Impôt en Main Remboursable au Titre de Dividendes (IMRTD), vise à assurer l’intégration fiscale. L’avantage est la liquidité et la diversification, mais la gestion fiscale est complexe et le taux d’imposition initial est un frein psychologique important.

L’investissement immobilier (achat d’un immeuble locatif, par exemple) est souvent perçu différemment. Si la société est suffisamment impliquée dans la gestion de ses immeubles (généralement, si elle emploie plus de cinq employés à temps plein pour ses activités immobilières), les revenus de location peuvent être qualifiés de revenus d’entreprise active. Dans ce cas, ils seraient imposés au taux général de 26,5 %, et non à 50,4 %. C’est un avantage fiscal majeur. De plus, l’immobilier permet de bénéficier de l’amortissement pour réduire le revenu imposable. Les inconvénients sont le manque de liquidité, la concentration du risque et la charge de gestion.

Le choix n’est pas purement fiscal. Il dépend de votre stratégie globale. Les FNB offrent une simplicité et une liquidité idéales pour des objectifs à moyen terme. L’immobilier, bien que plus lourd à gérer, peut offrir un rendement fiscal supérieur et un levier financier intéressant pour une stratégie de création de patrimoine à très long terme. Souvent, la meilleure approche est une combinaison des deux, en veillant toujours à ce que les revenus passifs générés ne viennent pas contaminer le statut de votre société d’exploitation.

En définitive, la construction d’une architecture fiscale solide est l’étape la plus importante pour tout entrepreneur qui souhaite maximiser son revenu net et assurer la pérennité de son patrimoine. Pour mettre en pratique ces conseils et les adapter à votre situation unique, l’étape suivante consiste à obtenir une analyse personnalisée de votre structure corporative.

Rédigé par Marc-André Tremblay, CPA auditeur et expert en finance corporative avec 20 ans d'expérience auprès des PME québécoises. Spécialiste de la fiscalité, de la maximisation des crédits RS&DE et de la structuration de financement bancaire.